Toponymie

Petite histoire des noms de lieux

D'où viennent les noms de nos lieux-dits ? De fort loin dans le temps pour la plupart : du Moyen-âge, de l'époque romaine, du temps des Gaulois et parfois bien avant.

Pour votre curiosité, nous nous sommes livrés à une recherche sur l'origine des noms des lieux-dits de la commune. Pour cette enquête, nous avons eu recours aux ouvrages suivants :

  • Les noms des lieux du Maine, de L. Bessard
  • Les Voies antiques, de A. Bouton
  • Le Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France, de A. Dauzat et Ch. Rostaing
  • Le Dictionnaire de l'ancien français (Larousse)

Nous vous invitons à rester aussi prudents que nous nous sommes efforcés de l'être nous-mêmes. Si la plupart des origines proposées peuvent être acceptées avec un fort degré de certitude, quelques-une sont des hypothèses, et une hypothèse par définition n'est pas toujours vérifiée. Et puis, libre à chacun de laisser courir son imagination et laisser vivre toutes les histoires et légendes qui se rapportent aux lieux habités.

Nous admettrons - c'est une constante des ouvrages que nous avons consultés - que tous les noms se terminant en ière ont été fabriqués à partir du premier occupant de ces lieux. Rangeons dans cette catégorie :

L'Audronnière, maison d'un Audrot ou Audon...

La Galainière, maison d'un Galais...

Les Regardières, La Avrillière, La Ferrière...

La Bretonnière habitée à l'origine par un natif de Bretagne...

La Guyardière, il reste de nombreux porteurs du nom dans la région.

La Hayère, La Relandière, Les Joisières, La Pichardière, La Foussardière, La Harouardière...

La Turpinière. Des Turpin furent seigneurs de Tennie dès le XIVème siècle. Nous trouvons en 1314, Michiel Turpin du Mans.

Une même explication peut valablement être appliquée aux noms terminés par erie. Mais plus vraisemblablement, le suffixe erie s'applique au lieu où se tenait une activité (exemple dans le vocabulaire actuel : boulangerie, boucherie, épicerie...), ce qui permet de proposer :

L'Huilerie, lieu où on fabriquait de l'huile, présence d'un moulin à huile...

La Mercerie, lieu habité par un marchand ou lieu où se tenait un commerce, mais pas forcément de boutons : mercerie a le sens de marchandise au XIIème siècle.

La Dallerie, lieu d'exploitation ou de commerce de pierres plates...

La Tellerie, lieu où l'on fabriquait des tuiles. La Tieulerie désignait la tuilerie, le four à tuiles au XIIème siècle. Le tieulier était le fabricant de tuiles.

La Potterie. Il faut relier les origines de ces deux derniers mots à une activité qui s'est tenue sur la commune jusqu'au début de notre siècle. Nous en verrons d'autres traces un peu plus loin.

La Beucherie. Le mot pourrait venir de bauche qui désignait généralement une boue ou terre argileuse (terre inculte ou marécageuse en certaines régions), une boue formant pisé et, par extension, la hutte en pisé.

La Gloterie. On peut tenter de rapprocher le mot de l'ancien français glete qui désigne l'argile, la glaise.

Certains noms de lieux-dits peuvent être rattachés à la végétation qui s'y développait, aux animaux qui les fréquentaient.

Ainsi ces noms liés à la flore :

La Tremblaie, La Pommeraie, La Basse Pommeraie, Le Houx, L'Epine, L'Aune, Cormeret (du fruit du cormier), Le Buisson, La Futaie...

Jupille. Peut-être la même origine que Jupilles dans la Sarthe, dérivé probablement du gaulois juppo, genévrier.

Les Tasses, désignait un assemblage de plusieurs arbres ou arbustres, un hallier, un fourré. Il nous reste la tasse de pissenlit, bien connue chez nous et qu'on trouve dans le dictionnaire !

Le Broussil, de brosse (buisson) au XVIème siècle. Le mot est à l'origine de brousaille.

Des noms liés à la faune :

La Garenne, Les Perdreaux...

Le Freu (Haut et Bas), Le Champ du Freu, Le Petit Freu. Plutôt qu'être traités de noms d'oiseaux, ces lieux-dits préféreront-ils leur origine dans le latin médiéval frocus, terre inculte ? Un certain nombre de noms renforcent cette hypothèse d'une contrée au sol ingrat.

Dressons l'inventaire des lieux-dits qui font référence à la topographie et à la nature du sol.

Le Point du Jour. Le soleil se lève à l'est pour les habitants du bourg !

Bel Air. Le nom est fréquemment donné dans l'ouest à d'anciens manoirs ou à des fermes.

La Mare, La Fontaine, L'Etang. Que d'eau ! Que d'eau !

Le Palesché, du latin palus, marais.

Le Tansort (Le Tonsort ou le Transort), le mot est différemment orthographié, proposons l'hypothèse d'une déformation de l'Etang Sort : La Mare et le ruisseau de Guérineau sont tout proches.

Le Rivage (plage sablonneuse), Les Sablons.

La Roche, La Bosse (Haute et Basse), Le Tertre, sur les hauteurs !

La Charnie. Le mot peut être rattaché au celtique et pré-celtique karn dérivé du pré-ondi-européen kar, pierre, rocher qui a donné Carnac. Idée de hauteur. Il existe un village de Charny en Côte-d'Or.

Les Coins, Le Parc.

Le Brouillard, la brume mais peut être faut-il relier le mot à brou (boue) dont est sans doute issu brouillard.

Le Mont Porcher, Montifaut, deux mots composés de mont suivi d'un nom de personne.

A propos du Mont Porcher, Roger Verdier, dans sa monographie 400 mottes, fortifications, enceintes en terre du Haut-Maine, cite Pesche : "à une portée de fusil de la ferme du Grand Porcher... un petit camp d'observation n'ayant que l'apparence d'une motte féodale à l'extérieur, à cause de son peu d'étendue, mais dont la forme en fond de cuve, a raison des anciens retranchements dont il était entouré, formant encore une double circonvallation sur quelques points et le nom de camp qu'on lui donne dans le pays, indiquent assez sa destination".

Maupertuis, littéralement : mauvais trou. Le mot peut s'appliquer également à un terrier de bête sauvage.

Malabry, mal abrité (du vent !) ou endroit mal fréquenté, route dangereuse pour le voyageur.

Le Bignon, désignait uen tourbière recouverte d'herbes dans les prairies.

Le Calvaire, s'appliquait à un endroit dénudé, aride, comme le crâne chauve à l'origine du mot (du latin calvus : chauve) .

L'Etang du Plessis. Le plessis est un enclos formé d'une haie entrelacée.

Le Gravelot peut désigner un lieu où l'on trouvait du gravier.

La Noë Yvon, La Noë du Saule. Noe s'est appliqué à une prairie, une terre marécageuse puis a désigné une mare, une étendue d'eau. Noe est un mot du bas latin : nauda, lui-même issu du gaulois.

La Petite Maison, La Maison Neuve ont été, dans le passé, l'une petite, l'autre neuve. Ces noms sont parmi les plus récents.

La Grille et Le Pavillon sont également récents et disent bien ce qu'ils veulent ou voulaient dire.

Quelques mots sont les vestiges de l'activité économique de la région. Nous avons déjà évoqué La Tellerie et La Potterie pour ce qui concerne le façonnage de la terre. Ajoutons :

Le Fourneau des Pâtisseaux. Une briquetterie était implantée en l'endroit. Voir aussi Le Fourneau et La Tournerie, plus au sud chez nos voisins.

Fourmenteau, qu'on orthographie désormais Fromenteau. Mot composé sur four.

On pratiquait l'élevage :

Les Prés. Le Pâtisseau, pâture mais aussi lande ou friche.

On y cultivait le froment qu'il fallait porter au moulin : Le Petit Moulin.

Moque-Souris. Ici le moulin était sir pauvre que les souris ne trouvaient pas à s'y nourrir !

Guérineau, guéret, jachère.

Gastines désignait des lieux longtemps inhabités ou incultes.

Quelques noms peuvent être associés à l'histoire (la grande !) ou à l'histoire locale :

Le Clos Bardoult. Le clos est un espace clos près d'une maison d'habitation. Celui-ci a pu appartenir à une famille Bardoult (Bardou sur la carte de Cassini). On peut supposer également qu'il s'agissait d'une habitation construite ou recouverte de bardeaux.

Vau Ferré. On n'a pas ferré le petit de la vache comme certaines orthographes veau le laisseraient imaginer. Vau vient plus sûrement de val (un val, des vaux), ferré de référe au mode de construction de la route (voies antiques). Pensez aussi que si l'on prolonge vers le nord, le chemin de Bel-Air qui dessert Vau Ferré, on rejoint La Ferrière.

Veaujours. Orthographe Vaujours sur des cartes anciennes. Vient de val, associé probablement à un nom de personne, seigneur ou propriétaire. Il existe un Vaujours en région parisienne.

La Selle désigne une habitation, mais c'était aussi la demeure d'un ermite religieux. Y eut-il un ermite à Saint-Symphorien ? Orthographe plus ancienne : La Celle.

L'Aumonde, se rapportait à une maison rattachée à une église ou à un monastère.

Glatigné. Pourrait être un nom d'homme gallo-romain Glastinius (du gaulois glasto, vert). De nombreux hameaux portent le nom de Glatigny en Normandie, Loir-et-Cher...

Goin. Goin est le nom d'un village de Moselle, issu d'un homme germanique. Rien ne permet de dire que la proposition vaille pour notre Goin.

Quelques mots résistent pour l'instant à l'enquête sur leur origine. Nous laissons à votre appréciation l'état de nos recherches.

Pour Mougeais, Crosson, Jarry, il pourrait s'agir de noms d'hommes gallo-romains.

Fatras ne se livre pas. L'étymologie du nom commun donne farce de volailles. Résidence de maître queux ? En ancien français fatre, faltre était une couverture, un tapis et plus particulièrement, la couverture de cheval qu'on plaçait sous la selle. A rapprocher de La Selle, lieu-dit proche ! La coïncidence est curieuse, surtout si on veut bien se rappeler que Vau Ferré et La Ferrière ne sont pas loin !

Se nom è veri, è bene trovato ! Si cela n'est pas vrai, c'est du moins bien trouvé, comme dit le proverbe italien. Nous avons travaillé avec le plus grand sérieux, sans toutefois nous prendre trop au sérieux et si l'explication d'origine donnée pour un lieu-dit ne correspondait pas à ce que vous en connaissez, nous nous ferons un plaisir de publier votre version.